Le 02 janvier

Le 2 janvier 1322 : décès de Philippe V le Long, Roi de France qui meurt de dysenterie.

Ce prince, né en 1294, était un des fils du roi Philippe le Bel ; la longueur de sa taille lui valut son surnom. Il se trouvait à Lyon lorsqu’il apprit, en 1316, la mort du roi son frère ; aussitôt il vint à Paris et y convoqua dans son palais une assemblée de douze pairs et d’autres seigneurs. Voici quel en fut l’objet : la veuve du roi son frère était enceinte ; elle pouvait accoucher d’un fils auquel la couronne devait appartenir.

Philippe, en attendant les couches de la reine, fut nommé régent ; elle mit au monde une fille. Alors Philippe, déclaré roi, se fit sacrer le 6 janvier 1317. On vit dans cette cérémonie Mahaut, comtesse d’Artois, faire les fonctions de pair : elle concourut à soutenir la couronne sur la tête du nouveau monarque. Ce qui parut extraordinaire, deux princes refusèrent de se trouver à cette cérémonie et de reconnaître Philippe pour roi. Il fallut convoquer les trois états du royaume, qui, réunis le 2 février suivant, déclarèrent unanimement que les lois de l’État excluaient les filles de la couronne.

Affermi sur le trône, Philippe s’occupa longtemps de préparatifs de guerre contre les Flamands, mais il ne les combattit point. II était pacifique, insouciant, et son naturel le portait à la bienfaisance.

Il avait épousé, en 1306, Jeanne de Bourgogne. Cette princesse, plus que galante, fut accusée et même, à ce qu’il paraît, convaincue de s’être permis dans l’abbaye de Maubuisson des actes d’une liberté excessive avec deux frères, gentilshommes du voisinage, appelés d’Aunay. Ses deux belles-sœurs, Marguerite, femme de Louis le Hutin, et Blanche de Bourgogne, épouse de Charles, qui devint roi après Philippe le Long, furent complices de ce désordre. Louis Hutin infligea aux deux gentilshommes un supplice atroce, et fit étrangler Marguerite son épouse. Blanche fut enfermée au château Gaillard, et ne sortit de prison que pour entrer dans un cloître. Philippe le Long, moins sévère que ses frères, après avoir tenu pendant une année Jeanne, son épouse, prisonnière au château de Dourdan, lui donna la liberté et la reçut auprès de lui en qualité de reine.

Suivant divers témoignages, cette Jeanne est la princesse qui, pendant son veuvage, attirait dans son château de Nesle les jeunes étudiants de Paris, et, après en avoir abusé, les faisait mettre dans un sac et jeter dans la Seine, qui coulait au pied de ce château. L’on voit qu’alors la barbarie dominait encore et s’associait au goût de la volupté.

Philippe, dont les mœurs étaient adoucies par la culture des lettres, ne partageait pas ces excès ; il aimait la poésie et les chansons des troubadours provençaux ; il prenait beaucoup de plaisir à les entendre.

A l’imitation de son frère Louis le Hutin, il mit la liberté en vente ; en 1318, il ordonna que dans tout son royaume les servitudes seraient abolies et ramenées à des franchises, et que les personnes en état de servage obtiendraient la liberté, à bonnes et convenables conditions, c’est-à-dire moyennant finance. Cette ordonnance est un signal de détresse : Philippe le Long sentait comme son frère le besoin d’argent : dans les gouvernements modernes la pénurie des finances a toujours favorisé la liberté publique. Sans doute plusieurs sujets acquirent cette précieuse marchandise, mais la multitude ne put en profiter ; elle était trop misérable.

Philippe le Long montra du goût pour les innovations utiles lorsqu’il forma le projet d’établir l’uniformité des monnaies, celle des poids et mesures ; mais leur innombrable diversité, les perceptions de la féodalité dans chaque lieu, sous des formes et mesures particulières, rendaient cette opération extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible. A des temps plus propices, plus éclairés, était réservé l’honneur d’accomplir cette vaste entreprise ; il est glorieux pour le roi Philippe d’avoir senti la nécessité et conçu le dessein de cette réforme.

Ce roi, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322, mourut de la fièvre, après avoir langui plusieurs mois. Il n’était âgé que de 28 ans, et n’avait régné que cinq ans moins quelques jours. Avant de mourir, il se rappela qu’en prenant le plaisir de la chasse, il avait endommagé les propriétés de ses voisins, et assigna une certaine somme pour leur être distribuée. Ce n’était qu’un acte de justice, mais les rois chasseurs ne l’ont pas souvent imité. Il résulte des traits que l’on vient de citer, que Philippe le Long était, à plusieurs égards, supérieur à son siècle et qu’il avait le sentiment de ses devoirs


Le 2 janvier 1604 : le Parlement enregistre l’édit de Rouen d’Henri IV qui rétablit la Compagnie de Jésus en France.

Il n’est pas d’institution dont la fortune ait subi des vicissitudes plus nombreuses et plus uniformes dans leur variété que l’ordre fondé par Ignace de Loyola. Tour à tour protégé, dissous, puis rétabli par les papes ; toléré, proscrit, puis rappelé par les rois, son histoire, si compliquée en apparence, pourrait se réduire à deux faits, qui s’y reproduisent sans cesse, le bannissement et le rappel, le rappel et le bannissement. Nous trouvons à la date du 2 janvier un exemple de l’un et de l’autre.

Depuis leur établissement en France (5 juillet 1561 ), les jésuites prêchaient de vive voix et dans leurs livres la doctrine du régicide : Jean Châtel, leur élève, voulut passer de la théorie à la pratique. Les maîtres furent enveloppés dans la punition du disciple. Un arrêt du parlement de Paris, un édit d’Henri IV les bannirent à jamais du royaume : une pyramide s’éleva pour éterniser la mémoire du crime et du châtiment (27 et 29 décembre 1694, 7 et 9 janvier 1695).

Mais rien n’est impossible à l’intrigue et à la ruse. Avant dix ans tout avait disparu, l’arrêt, l’édit et même la pyramide. Il y a jus : la sentence de bannissement n’avait jamais reçu son exécution qu’à moitié. Les parlements de Bordeaux et de Toulouse ne joignirent pas leurs voix à celle des parlements de Paris, de Dijon et de Rouen ; de sorte que jusqu’à leur rappel les jésuites restèrent cantonnés dans le Languedoc et dans la Guienne.

C’était peu de chose à leurs yeux s’ils ne revenaient à Paris, ils n’oublièrent aucun moyen pour s’en faire ouvrir les portes : négociations, promesses, flatteries, impostures, menaces, tout fut mis en œuvre. Ils se firent des appuis parmi lès courtisans : ils gagnèrent un homme vil, appelé Fouquet de La Varenne que le bon Henri IV employait à d’autres affaires qu’à celles de l’Etat. Henri IV avait peur des jésuites. Il en convint franchement dans le conseil ; et Sully, qui combattit fortement son opinion, a pris soin de nous transmettre les paroles du monarque : « De deux choses l’une, disait-il : il faut les rétablir simplement, restituer leur réputation flétrie et mettre à l’épreuve la sincérité de leurs belles promesses ; ou bien il faut les rejeter entièrement, accroître contre eux toutes les rigueurs, afin qu’ils n’approchent jamais de mes états, ni de ma personne. Dans ce cas, je les réduis au désespoir ; et ne pourront-ils pas, dans cet état de désespoir, attenter à ma vie ? ce qui me la rendrait si misérable et langoureuse, demeurant toujours ainsi dans les défiances d’être empoisonné ou bien assassiné (car ces gens ont des intelligences et correspondances partout, et grande dextérité à disposer les esprits selon ce qui leur plaît), qu’il me vaudrait mieux être déjà mort, étant en cela de l’opinion de César, que la mort la plus douce est la moins prévue et attendue. » ( Économies Royales de Sully, t. III, chap. XXX.)

Ces craintes si naïvement exprimées avaient fait une impression trop vive sur l’âme du roi, pour qu’il pût en triompher, Dans le mois de septembre 1603, il laissa échapper l’édit de rappel. Les jésuites revinrent plus puissants qu’ils n’étaient partis : de toutes les conditions qu’on mit à leur retour, ils n’en observèrent qu’une seule, celle qui les obligeait à tenir constamment à la cour un des leurs pour répondre des actions de la compagnie et servir d’otage. Cet otage ne tarda pas à devenir le prédicateur et le confesseur de nos rois.

Longtemps le Parlement refusa d’enregistrer l’édit qui rappelait les jésuites : il s’était prononcé avec la même énergie contre leur établissement : comme alors, il fallut céder. Le roi croyait avoir racheté sa vie, le poignard de Ravaillac l’attendait !